Quand l’exception devient la règle…

 

De loi en loi, « l’état d’urgence »se  perpétue.
Quand s’arrêtera-t-il ?
– Quant il n’y aura plus de risques d’attentats, bien sûr.
– Mais quand n’y aura-t-il plus de risques d’attentats ?
– Bien malin qui pourrait s’accorder à le dire… Le risque est imprévisible et inhérent à la vie. Quel politique pourrait même envisager de supprimer « l’état de risques » sans se faire traiter de laxiste et d’incapable ? Alors, dans cette période électorale, attendons- nous à voir fleurir une surenchère verbale pour transformer au mieux la peur et l’émotion en bulletins de vote. Personne ne peut prendre le risque de supprimer « l’état de risques ».

Ainsi donc la permanence du risque nous englue dans le risque de la permanence. Brecht avait raison, l’exception devient la règle.

J’étais en train de travailler à ce que j’envisageais pour l’humeur du lundi, lorsque je suis tombé sur un court article en page 2 de la Nouvelle République.

Je m’étais juré, de ne jamais écrire un mot sur mon successeur à la tête du Conseil désormais départemental…  Non qu’il n’aurait mérité parfois quelques coups de plume aiguisés, mais plus par respect pour une fonction que j’avais occupée pendant plusieurs années.

Juré craché pas un mot, pas une ligne, juré craché si je mens  je vais en enfer…

Pourtant ce matin à la lecture du journal, c’est terrible,  l’humeur me gratouille tellement que je suis pratiquement décidé à passer outre la promesse, faite à vrai dire uniquement à moi- même, ce qui me laisse quelques possibilités pour m’arranger avec ma propre conscience…
A bien y regarder de près, je préfère prendre le risque, mesuré somme toute,  du feu de l’enfer à l’ulcération progressive de mon humeur du lundi rongée par une plume qui ne ferait que se replier dans son mutisme.
De quoi est-Il question ? D’un repli du Conseil départemental dans son antre d’hier dans les locaux de la préfecture. Magnifique salle de délibération aux parements muraux de bois, aux sièges cannés, une vrai bijou bourgeois de la Troisième République…  Est-ce donc que le Président en exercice veut s’évertuer à marcher dans les pas de ceux qui l’ont précédé à la tête de la collectivité ? Une grande naïveté feinte me porterait à le croire…

Et bien que nenni !

Est-ce donc une application à la lettre de « la France en guerre et en état d’urgence » votée en ce moment par la représentation nationale ? Le Président aurait- t- il connaissance de quelques menaces islamistes importantes à l’encontre de notre représentation départementale ? Une menace si importante que la seule solution serait de chercher refuge dans les bras de l’Etat, chose surprenante pour un libéral…

En ce cas, je me permets de suggérer un investissement dans les casques lourds et les gilets pare-balles et des protections rapprochées au moins pour les membres de sa majorité… Les autres…

A moins que les informations confidentielles qui sont sans aucun doute en sa possession ne réclament la promulgation de l’état d’urgence pour le Conseil départemental lui-même.

 Permettez moi alors de proposer  l’acquisition d’une chemise  résistante à toute épreuve physique, au cas où le directeur général serait confondu par méprise avec un cadre d’Air France, ainsi qu’un entraînement intensif au coup de poing , exercice déjà pratiqué contre certains agents par quelques  élus départementaux majoritaires lors d’une précédente délibération…

Il reste toutefois que, si malgré cet état d’urgence, vous restez intéressés par la vie citoyenne, n’oubliez pas de vous munir d’une pièce d’identité, les sans papiers ne seront pas admis… mais ne vous trompez pas,  je suis certain qu’une carte syndicale ne peut en aucun cas faire office de papier d’identité et donc de ticket pour l’entrée dans cette magnifique salle où, par peur, on se réfugie pour voter le prochain budget.

Pardonnez-moi, mais mon humeur se sent soudain un peu soulagée… tant pis pour le soufre de l’enfer !

 Le Quaireux, le 19 décembre

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