Laïcité

La déclaration liminaire de la charte  « Ma commune sans migrant », opération lancée par des élus du Front National, se réclame de la Laïcité, comme je l’indiquais dans mon dernier billet.  Permettez-moi de revenir sur ce sujet.

La laïcité est devenue aujourd’hui  un mot valise. Tant qu’on ne l’ouvre pas on s’accorde pour dire qu’il s’agit d’une spécificité française, mais dès que l’on va voir ce qui se cache à l’intérieur, on se rend vite compte qu’elle recèle de nombreuses contre-vérités historiques et des utilisations nauséabondes.

Désormais, l’extrême droite se réclame de la laïcité ! Bigre ! Les promoteurs de la manif pour tous, les égreneurs du chapelet de Monseigneur Lefebvre, les adorateurs de la Jeanne, les pourfendeurs de l’IVG, les promoteurs de la race blanche, les catéchumènes du droit du sol, les grenouillauds de la sacristie de Saint Nicolas du Chardonnet, les intégristes du goupillon, les adeptes des écoles confessionnelles, tous ceux là sont désormais laïcs ! Merveille de la conversion  qui provoquerait plutôt un haut-le-cœur absolu !

La laïcité utilisée ici comme défense de la chrétienté  face à  l’Islam pour affirmer  l’identité française et les racines chrétiennes de la  France voire de l’Europe, constitue  une véritable imposture intellectuelle. Le Front national ne prend dans la laïcité que ce qui l’intéresse, le refus républicain du communautarisme. En instrumentalisant la laïcité contre l’islam, Il oublie au passage l’article  premier de la constitution: « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

Sans grande surprise, on trouve aussi dans la valise les fidèles tenants de la Sarkozie, ils donnent joyeusement le bras aux fils putatifs de la cagoule en espérant rattraper leur bulletin de vote. On leur doit beaucoup à ceux là ! D’abord ils ont fait une OPA sur le mot république en se baptisant : « les républicains ! », ils interdisent désormais aux descendants de Jaurès, de Jean Zay ou de Mendès France de se dire républicains ! A moins qu’obsédés par la petite taille de la France, ils aient chaussé leurs talonnettes pour être à la hauteur des Républicains américains, « trumpisation » oblige !
Ils ont cependant oublié en se glissant dans la valise, que la laïcité repose sur la séparation des Eglises et de l’Etat. De toutes les églises, qu’elles soient chrétiennes, islamiques, juives, bouddhistes ou qu’elles se réfèrent à toute autre croyance. Il devient en effet acrobatique  de se réclamer de la  laïcité pour  lancer un mot d’ordre d’exclusion au nom de l’identité nationale….

En cherchant bien dans la doublure, on va sans doute trouver les promoteurs d’une laïcité qualifiée, c’est-à-dire tous ceux, ils sont assez nombreux, qui ont besoin d’un adjectif pour définir  la laïcité. Celle-ci devient alors « ouverte » par opposition à une laïcité qui serait fermée ! Ou bien alors « nouvelle » par stigmatisation d’une laïcité « ancienne » donc dépassée… Cette laïcité là se rattache souvent à la tolérance. Tolérer les autres religions et les autres croyances,  sans se rendre compte que la tolérance n’est que l’acceptation de ce qui ne devrait pas être. On tolère la présence de motos sur un trottoir où le stationnement est interdit, signifie que l’on ferme les yeux sur l’interdit…  Du reste dans l’histoire les édits de tolérance n’ont jamais placé les différents cultes sur un pied d’égalité. Le culte protestant était simplement toléré. Ainsi la laïcité est la condition de la tolérance, elle n’est pas la tolérance.

Ceux là oublient aussi que la laïcité, avant d’être du ressort de la morale, est un concept politique d’organisation de la société, qui veut que les croyances quelles qu’elles soient sont du domaine de l’intimité, dans la sphère du privé, que la sphère publique du politique doit respecter et traiter dans l’égalité.

Le Quaireux le 6 novembre 2016

Des réfugiés aux migrants…

Dans mon vieux dictionnaire Bescherelle de 1852, je n’ai pas trouvé trace du mot migrant. Il est vrai que ce dictionnaire parfaitement authentique avait été imprimé à Paris et non à Calais. Il n’avait donc rien à voir avec le démantèlement de la « jungle », mot que  je n’ai pas trouvé non plus… mais dont j’ai appris qu’il avait été emprunté à l’hindoustani, preuve, s’il en était besoin, que les migrations nourrissent notre belle langue que certains auraient tendance à proclamer plus française que française…

En revanche j’ai trouvé dans le dictionnaire historique de la langue française, cher à Alain Rey, que le terme « migrant » n’était apparu qu’en 1951. Ainsi, alors que l’humanité s’est constituée à partir de migrations multiples, l’emploi du mot migrant est extrêmement récent. Comment disait-on avant 1951 pour parler des femmes et des hommes qui « s’étaient retirés en quelque lieu pour être en sûreté ? ». Bescherelle toujours lui m’indique qu’on les appelait tout simplement « réfugiés » ? Ce que confirme le Petit Larousse illustré de 2011 qui définit le réfugié comme une « personne qui a quitté son pays ou une région pour des raisons politiques, religieuses, raciales ou pour échapper à une catastrophe. »

Derrière ces deux mots qui pourraient sembler synonymes, il y a quand même deux visions radicalement différentes. Le migrant se raccroche au nomade,  aux gens du voyage, aux manouches qui sillonnent ou sillonnaient les campagnes, à tous ceux qui ne font que passer, même s’ils se heurtent aux frontières, et qui sont donc difficilement contrôlables. Bref, ils incarnent la figure de l’étranger, mot, comme par hasard de la même famille qu’ « étrange », étranger ou étrange  parce que différent, inhabituel… De tout temps les nomades ont inquiété les sédentaires qui,  pour se protéger,  les ont accusés d’être la cause de tous les maux… voleurs de poules,  voleurs d’enfants ou violeurs de filles.

Le réfugié, quant à lui, est celui qui a trouvé un refuge, un  lieu où il se sent en sécurité et dans lequel il peut vivre malgré ses différences d’origine, de langue, de culture.

Cette simple opposition de sens situe bien le clivage politique dans l’utilisation de ces deux mots. On comprend alors pour le parti du Front National se lance dans une campagne sur le thème : « Ma commune sans migrant ». Cette campagne s’appuie sur une charte précédée d’une déclaration liminaire dans laquelle les auteurs se revendiquent de la Laïcité pour dénoncer «  l’immigration massive qui nourrit les revendications communautaristes » ou bien encore  qu’ «elle provoque des tensions graves avec les administrés, nuisant à l’ordre public, asphyxiant l’économie locale et menaçant l’exercice des libertés individuel les… » Avant de considérer  les migrants comme des terroristes en puissance…
Qu’elle étrange conception de la laïcité !

La charte demande aux maires qui la signent :

 – de «ne verser aucune subvention aux associations dont l’objet social est de promouvoir l’immigration massive et/ou l’accueil de migrants en situation irrégulière,

– d’utiliser tous les moyens légaux afin d’obtenir l’évacuation des camps sauvages de migrants ou la cessation de toute emprise irrégulière par des groupes de migrants sur le territoire de la commune, d’organiser une réunion d’information publique à destination des administrés afin de les renseigner sur l’impact des politiques d’accueil de migrants…

– de faire adopter cette charte en conseil municipal et de  la communiquer aux représentants de l’Etat, au conseil départemental et au conseil régional… »

 Les auteurs de cette charte ne vont  sans doute pas tarder à intégrer dans son corpus délétère  l’initiative du Maire de Béziers qui veut interdire les écoles aux enfants de migrants…

Sur le même sujet, le Président  par intérim des Républicains, quant à lui, souhaite en tant que Président de la région Auvergne, Rhône Alpes « une région sans migrant ! » Après tout, la Région n’est qu’un ensemble de communes ! Reprendre le mot d’ordre de la droite extrême en dit long sur la porosité idéologique entre le les Républicains et le Front National.

Mais ce qui, à mes yeux, est sans doute encore plus grave, c’est que la gauche au pouvoir  a perdu, par pression sécuritaire et sans doute aussi par électoralisme ce qui était la fierté de notre république ! J’ai personnellement le souvenir de ce que m’a dit un chilien  qui avait été réfugié en France au moment du coup d’état de Pinochet : « à travers vous je remercie  la France de m’avoir accueilli ». Je doute qu’une telle phrase puisse être prononcée dans quelques années par ceux qui cherchent aujourd’hui chez nous un refuge où s’abriter.

Merci alors aux maires qui acceptent d’accueillir des réfugiés et non des migrants.

le voile et la transparence

Selfie par-ci, selfie par là… dans la  « société selfie », la primauté absolue de l’image nous entraine sur les rives d’un narcissisme exacerbé qui  a envahi progressivement le plus profond de notre vie privée. Il arrive parfois à ce narcissisme de mettre à gripper  les rouages des différentes strates de nos institutions publiques. L’image arrachée à l’intimité et l’image  de soi exhibée pour finir jetée en pâture aux médias sont  devenues  la  norme de l’ordinaire. Au nom désormais de la  transparence. Il était tout à fait normal qu’un Président qui se voulait ordinaire se retrouve en conformité avec la norme…

La transparence d’une robe laisse voir l’intimité de ce qui était supposé rester caché, ou à tout le moins ce qui ne peut s’exposer sur la place publique sans que l’on parle dans le meilleur des cas d’impudeur et dans le plus mauvais d’attentat…

Il n’est donc pas question de jeter un voile pour cacher la transparence ! Laïcité oblige ! Un voile à l’Elysée, dans le palais de le République ! Vous n’y pensez pas ! De là à penser que le Président  a dit «  ce qu’il ne devait pas dire » à deux journalistes pour appliquer le principe constitutionnel de la laïcité, il n’y a qu’un pas que je franchis allégrement. Je ne comprends pas que ses détracteurs de tout bord  n’aient pas un instant pensé qu’il pouvait en être ainsi !

Ceux là devraient également considérer qu’il est quand même préférable, quand on est Président, de se confier à deux journalistes plutôt qu’à se laisser aller sur un oreiller. Dans tous les cas on sait pertinemment  que l’épanchement débouchera sur  des révélations, que les révélations donneront lieu à un exercice journalistique qui lui-même se glissera dans les pages d’un livre. Ne vaut-il donc pas mieux faire confiance à la déontologie journalistique plutôt qu’à la rancœur d’un amour éconduit  de journaliste?

Un Président transparent et ordinaire, voilà qui devrait redonner le moral à tous les français. La dégustation des croissants chauds du petit matin n’est-elle pas à la portée de tout un chacun ?…  Et quoi de mieux pour mettre du soleil dans une journée qui se lève ?

A partir de là, la fonction de Président devient accessible à tous les citoyens en mesure de conduire une mobylette et de porter un casque! C’est aussi ça la démocratie !   C’est en tout cas le sentiment que m’a donné le débat de la primaire de droite : ils sont tous capable d’être « Président-mobylette », pas forcément  « Président grosse cylindrée »!

Et le secret dans tout ça ? Laissons-le se reposer dans l’Histoire, pas question non plus de lever le voile pour lever le secret… le secret appartient aux hommes de pouvoir, aux monarques, fussent-ils républicains !

le Quaireux le 24 octobre 2016

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