N’entendez-vous pas la rue qui gronde?

Monsieur Valls, Monsieur Hollande, n’entendez-vous pas la rue qui gronde, la rue qui crie, la rue qui n’en peut plus du mépris que vous lui renvoyez ? Ne l’entendez-vous pas ? Etes-vous à ce point sourds  et amnésiques pour avoir oublié les mots qui, hier encore, entrouvraient vos discours : « chers amis, chers camarades » car les amis et les camarades auxquels hier vous vous adressiez, ils sont aujourd’hui  cette rue qui défile précisément au nom de ce que vous aviez promis.

Souvenez-vous de ce que vous disiez en 2010 lors de la lutte contre la loi sur les retraites. Vous Monsieur Valls : « La situation de blocage de manière générale à laquelle nous assistons me préoccupe et fait la démonstration, encore une fois, que le dialogue social… était comme je le préconisais il y a quelques mois la seule solution ». Et vous ajoutiez : « Aujourd’hui la situation de blocage est la démonstration que tout passage en force, l’absence de dialogue social dans une démocratie moderne conduit à des situations comme celle que nous connaissons. »

Et vous Monsieur Hollande, vous expliquiez le 7 novembre 2010  : « que le conflit laisserait des traces profondes » parce que Nicolas Sarkozy n’avait pas eu « le souci du dialogue… »

Pour une fois votre discours était en avance sur votre propre histoire !

Vous avez chaussé les bottes de Juppé et vous tentez de rester droit ! Quitte à laisser dans vos propres mots des parentés douteuses. Ne dites vous pas dans vos éléments de langage largement diffusés « nous refusons la prise en otage par la grève ! »  et Macron ne demande-t-il pas de « laisser avancer la France qui travaille ! » ?  Quels merveilleux discours de gauche !

Mais regardez aussi votre gestion de la crise. Plusieurs éléments la caractérisent :

  • Vous cherchez à faire oublier l’origine du mouvement : la protestation contre la loi sur le travail, une large majorité de français contre. Une pétition d’1,5 million de signataires. Des positions à l’opposé des engagements pris lors de la campagne de 2012. Une absence de majorité à l’Assemblée qui oblige à menacer les députés de votre camp et à passer en force, sans débat  avec le 49-3 !
  • Vous cherchez à diviser pour mieux régner : valoriser les « syndicats soi-disant réformistes ». Le terme est intéressant par opposition aux syndicats que l’on traite  en même temps de  révolutionnaires pour faire peur et de conservateurs pour les ringardiser.
    Vous cherchez encore  à diviser en opposant les modernes et les  réactionnaires. Les modernes  (les libéraux) qui veulent faire en sorte que le marché règne en maître (en particulier le marché du travail) et les réactionnaires que l’on présente accrochés à des privilèges alors qu’ils revendiquent un modèle de société plus juste.
  • Pour vous affirmer maître de la situation aux yeux de l’opinion, vous cherchez à discréditer le mouvement en confondant les manifestants et les casseurs, et vous faites l’apologie de l’ordre que vous rebaptisez républicain.  Vous avez sans doute oublié que l’ordre républicain est inséparable de la justice sociale.
  • Enfin, vous vous drapez dans la fermeté en refusant de discuter et de négocier pour montrer à coups de menton qui est le chef et vous misez sur le pourrissement et le ras l’bol.

Quelle est dans tout cela la différence avec la gestion d’une crise par la droite ? Mais quelle est aussi dans tout cela aussi votre légitimité ? Vous qui avez été élus pour appliquer un programme aux antipodes des politiques que vous menez.

Il est en fait très clair que vous ne parlez plus en fonction des idées pour lesquelles vous avez été élus par les citoyens de gauche, mais uniquement par rapport à la place que vous occupez en mettant en œuvre dans les faits une pensée unique au service d’un système économique libéral.

La politique menée depuis 2012 nous a fait perdre toutes les élections. En 2012, après les législatives, nous avions tous les leviers politiques en main : la Présidence de la République, la majorité à l’Assemblée et au Sénat, la quasi-totalité des Régions, la majorité des Départements, la plupart des grandes villes… que reste-t-il cinq ans après?

Aujourd’hui, vous attendez béatement que la courbe se redresse pour vous déclarer à nouveau candidat en professant que « cela va mieux ». En fait, à courir comme vous le faites après les politiques libérales, vous n’aurez  fait, au cours de cette mandature qu’ouvrir les portes à la droite voire à l’extrême droite  pour aller encore plus loin vers une société inégalitaire. Alors, la droite dure revenue au pouvoir, vous protesterez comme vous l’avez fait en 2010,  pour tenter de faire croire que vous avez retrouvé un idéal.

Mais surtout, vous aurez laissé la gauche en lambeaux pour de nombreuses années, avec l’obligation de la reconstruire sans vous.

Le Quaireux le 29 mai 2016

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