Archives de catégorie : L’humeur du lundi

L’Eldorado des migrants…

Ligne 61- Caen-Ouistreham. Rien que de très banal. Une ligne de bus ordinaire exploitée par la compagnie Twisto, qui n’est autre que le nom commercial de Keolis, une filiale de la SNCF… rien que de très banal…
Sauf, que, selon le site du Figaro, les chauffeurs ont reçu l’ordre de compter les migrants qui empruntent le bus en remplissant un tableau qui indique : «Nombre de migrants contrôlés», «Nombre de migrants verbalisés» … Ils ont reçu cet ordre de leur direction bien sûr, qui elle-même l’a reçu de la préfecture… qui elle-même ne fait sans doute que du zèle…

« Je ne fais pas d’injonction au personnel de Twisto » a naturellement déclaré le préfet du Calvados précisant cependant que « les contrôleurs et les conducteurs de tous les transports publics peuvent apporter un certain nombre d’informations que ce soit sur les migrants ou d’autres problèmes… On demande qu’on nous le signale mais qu’on signale aussi d’autres sujets qui peuvent arriver. La police nationale et la police municipale sont là et ont besoin de ce type d’information.» Et la fiche détaillant les nouvelles missions du chauffeur précise aussi de signaler les suspicions de squat… Sur la ligne 61 : chauffeur-indicateur : même volant !

Monsieur le préfet n’indique cependant pas comment reconnaître un migrant d’un non migrant un peu basané. Attention au délit de faciès ! Pour être sûr de son comptage, pourquoi ne pas reprendre les bonnes vieilles méthodes vestimentaires en obligeant à coudre un insigne sur la poitrine ?

Sur le site du Figaro on peut aussi lire  le 3 mai 2016 : « Ouistreham est devenue, après Calais, l’Eldorado des migrants qui rêvent d’embarquer dans des ferries direction la Grande-Bretagne ».
Eldorado autrement dit le pays de l’or. « Eldorado : pays chimérique où l’on peut s’enrichir facilement et où la vie est très agréable. » « Source prometteuse de profits rapides » selon le petit Larousse et mon vieux Bécherelle de 1852 renchérit : « Eldorado : pays imaginaire où chacun vit au sein de l’abondance et des richesses, par extension pays très fertile ; tout y est en abondance ».

Autre Eldorado, indiqué sur le site de la Voix du Nord, du côté de la Flandre intérieure, on est en Belgique… plus précisément entre Hazebrouck et Stennvoorde. Là aussi il y a des bus, le réseau Arc en Ciel… et…là aussi des migrants qui les empruntent pour se rendre à l’accueil de jour de la salle paroissiale…
Et c’est précisément « entre Oxelaëre et le collège de Cassel que les places assises sont prises par de nombreux migrants,  les jeunes collégiens et les retraités flamands étant condamnés à voyager debout !»

Selon un élu belge, ces nouveaux mouvements de population ont pour origine le désir des migrants de se rendre au nouveau camp de « Grande Synthe » un autre Eldorado près de Calais… et il semblerait que le renforcement des refoulements à la frontière franco-belge entraîne obligatoirement des voyages retours…

Le vrai problème avec les migrants c’est qu’ils migrent et qu’on ne peut migrer sans bouger ! Impossible par ailleurs de les assigner à résidence puisqu’ils n’ont pas de résidence.
On en viendrait juste à espérer qu’ils se mettent à manifester en France, on aurait alors, état d’urgence oblige, la possibilité de les interdire de séjour dans les Eldorados…  Ils pourraient enfin se rendre compte de la dure vie des honnêtes citoyens dont ils piquent scandaleusement les places dans les bus…

D’autant que dès qu’ils quittent les lignes régulières et qu’ils ont le malheur de s’arrêter un peu trop longtemps, pour dormir sous un pont ou un bord de canal,  on déclenche sans tarder une opération de police pour les remonter dans un autre bus : silence on évacue !

Comme dit un autre préfet de service : « Ceux qui ne demandent pas l’asile ou se conduisent mal, on les met dehors, la France n’est pas une terre de désordre et de pagaille. »

La France n’est plus, non plus, une terre d’asile…

Il est vrai que Le Monde reprenant une dépêche de l’AFP du 7 mars dernier indiquait : « La France a accueilli près de 300 réfugiés « relocalisés », sur les 30 000 promis »…

Rendez-vous compte, on est envahi par trois cents chercheurs d’or qui viennent prendre l’or et bientôt le travail des honnêtes citoyens de chez nous ! Il y aurait presque de quoi devenir un raciste ordinaire !

Le Quaireux le 23 mai 2016

49,3, c’est beaucoup de fièvre…

49.3,  c’est beaucoup de température, n’est-ce pas docteur ?
49.3,  est-ce que c’est grave docteur ? Je veux savoir !

Est-ce l’urgence absolue ou  l’état d’urgence à perpette?
J’ai évité  la déchéance  mais là je n’peux plus y couper.

Vais-je avaler mon bulletin de santé et passer l’arme à gauche,  docteur ?
L’arme à gauche avez-vous dit ? Rassurez-vous,  il y a peu de chance !

49.3, c’est beaucoup de fièvre docteur !
C’est peut-être mon délire ! Mais j’entends la rue qui gronde !
J’entends des cris de colères sourdes, des cris de refus, des cris  qui portent notre histoire
et des voix qui prennent le pavé.
Attention docteur ! Ils commencent à parler d’ordre qu’ils baptisent républicain ! Je ne vois pas la République sous les matraques et les gourdins…
J’étouffe docteur et mes yeux commencent à pleurer, ils  me piquent, je ne vois plus rien ! Dans lacrymogène il y a grenade ! Ca c’est pas la fièvre docteur…

Rendez-moi mon bulletin de vote ! On me l’a volé docteur ! Non je n’ai pas voté pour ça ! Rendez le moi ! Il est à moi !
On dit que c’est un coup de force.
Dites au petit caporal de service qu’il a définitivement perdu ses galons !
Dites à tous ceux qui l’accompagnent,
par habitude ou par intérêt,
à ceux qui lui ouvrent la route,
à ceux qui suivent son chemin,
qu’ils peuvent continuer leurs dérives
et leurs reniements.
Mais dites leur aussi qu’ils regardent la faim et la précarité dans les yeux
et choisissent alors leur camp.

Les mots d’espoir  ne seront archaïques qu’à la récolte des cerises.
D’ici là, ils portent encore la révolte, le refus, le rejet  et la volonté toute simple d’un lendemain  meilleur.
Mais surtout, dites leur vite il y a urgence, dites leur vite qu’à force de faire son nid dans l’injustice, on sème, sans s’en rendre vraiment compte,  les lourds matins de peste brune.

Le Quaireux le 15 mai 2016

Après les « Nuits Romanes »… les « Mille et une Scènes »… Le désherbage continue…

Notre grande et belle nouvelle Région, continue avec ferveur son désherbage culturel, après « les Nuits Romanes », voici le tour des « Mille et une Scènes », manifestation culturelle d’importance qui mettait en lumière les pratiques artistiques des amateurs. Cette année encore, elle devait avoir lieu au château d’Oiron.
Les responsables culturels de la Région en ont décidé autrement puisqu’ils ont supprimé la subvention qui permettait l’organisation de la manifestation.

Je les entends dire dans la presse que la culture n’est pas une compétence obligatoire pour la Région ! Bel argument technocratique ! La culture n’est en effet une compétence obligatoire pour aucune collectivité ! Mais ce qui est vrai aujourd’hui l’était également  du temps d’avant…  la nouvelle Région, quand les mêmes personnes allaient couper les rubans de Nuits Romanes.

La prise de responsabilités dans le staff régional aurait-elle fait oublier ce que l’on soutenait hier ? Désormais, finie la culture comme « vivre ensemble », finie la culture comme « ferment du lien social », finie la culture comme « pivot de l’éducation populaire », finie la culture comme « élément de compréhension du monde qui nous entoure ».
Aurait-on oublié aussi que la politique est un choix, un choix de société ? Evidemment quand on n’a pas de vision, on ne peut être qu’aveugle, et quand on est aveugle en politique,  on est à deux pas de glisser, sans même s’en rendre compte, vers l’obscurantisme. Cela commence toujours en reniant la culture, sauf pour l’élite que l’on se pique d’être !

Le patron parle d’emploi ! Vive l’emploi ! Mais surtout ! Oublions bien vite les compagnies et les intermittents mis en grandes difficultés par la suppression des Nuits Romanes, oublions aussi les techniciens sans travail par la suppression des « Mille et une Scènes » !

 Oublions et défaussons la Région sur le Département de droite. Il  n’a pas non plus de compétence culturelle obligatoire et adopte exactement la même politique que la Région qui se dit de gauche ! Incroyable cynisme, car même un élu régional responsable de la culture devrait savoir que le Département a déjà  désherbé en supprimant la totalité de la subvention (50 000 €) à la Ligue de l’Enseignement, par ailleurs organisatrice des « Mille et une Scènes »,  comme il a désherbé la totalité de la subvention aux Foyers Ruraux et à d’autres.

La Culture et l’Education populaire ne font plus partie des préoccupations des très lointains descendants de Jaurès et du Front Populaire qui ont élu domicile à l’Hôtel de Région bordelais. Ici on ne parle que d’économie, d’emploi, de courbe du chômage et de révision du code du travail. Jamais on n’ose dire que le monde associatif et culturel est une part importante de notre économie, qui, bien sûr, n’engraisse pas les actionnaires mais répond à nos  besoins de vie collective.

Quant au Duc de Bordeaux lui-même, il a sans doute oublié qu’un de ses lointains ancêtres fut Guillaume IX d’Aquitaine considéré comme le premier des troubadours. Faut-il voir là,  la marque d’un mépris condescendant pour les artistes ou  simplement un acte manqué, puisque Guillaume IX d’Aquitaine était également Comte de Poitiers ?

Eric Gautier

Le Quaireux le 8 mai 2016