Archives de catégorie : L’humeur du lundi

Je glyphosate, tu glyphosates, il glyphosate…

Lors d’une récente promenade automnale du côte de La Tremblade et Marennes, plusieurs aigrettes, m’ont appris à conjuguer le verbe glyphosater… au présent de l’indicatif, même si elles ont ajouté que l’indicatif ne leur semblait pas très indiqué…

Je glyphosate,
tu glyphosates,
il glyphosate

Elles s’inquiétaient surtout pour la conjugaison du futur…

Mais toujours optimistes, elles ont ajouté : on vous l’avait bien dit !

Tout va pour le mieux en macronie… et vivent les chrysanthèmes pour relancer l’économie !

Jour de colère…

Il y a des jours où la colère monte tellement aux lèvres que la plume a beaucoup de peine à se délier, ceux qui viennent de s’écouler sont de ceux là… le problème c’est que ceux qui s’annoncent filent le même coton…

Regardez un peu.
Hier les députés votaient la suppression de l’impôt sur la fortune ! L’ISF est mort ! Vive l’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière. Les commentateurs de service  se réjouissaient de cette mesure… de justice !  Les « pauvres » riches avaient eu le malheur d’être obligés de s’expatrier les poches pleines, quelle tristesse ! Pensez donc les voilà un instant devenus demandeurs d’asile et réfugié frappant à la porte de pays étangers! C’est vraiment scandaleux que des riches, bien riches et bien français en soient arrivés là ! Mais revenez, revenez donc, vous savez bien que l’argent n’a pas de patrie ! Nous vous ouvrons grandes les portes de la macronie avec tous ses avantages en nature. Votre argent nous intéresse ! En quelques mois nous avons beaucoup fait pour vous, mais ce n’est rien avec ce qui vous attend demain…

Demain justement c’est la semaine glyphosate ! Tiens justement, une promotion ! Vous allez sur Amazon et vous trouvez ce qu’il vous faut à bon prix avec en prime un lien sur les infos de Monsanto ! Et rien sur le dernier film de Marie Monique Robin !
Remarquez, qu’y a-t-il de mieux que le glyphosate pour éliminer la mauvaise herbe qui pollue les récoltes  et nettoyer les allées du cimetière communal ? Rien absolument rien ! Et puis, dans le cimetière, aucun risque, ils sont déjà tous morts !
Il est vrai que si vous tapez Bayer, vous allez trouver en promotion les médicaments contre le cancer distillé par le glyphosate de Monsanto. C’est quand même merveilleux, l’un fait son blé en vous inoculant par inhalation des pseudos cellules en dégénérescence et l’autre fait le sien en vendant sa tambouille pour réparer les dégâts de son copain, et comme désormais ils ont convolé… leur pognon continue à s’additionner ! Ca va bien pour eux merci ! Il n’y en a qu’un qui trinque c’est le lampiste qui arrose les allées du cimetière en attendant son tour… Enfin toujours est-il que cette semaine on saura si ça sert à quelque chose d’avoir un ministre de l’écologie écolo et là j’avoue que j’ai un peu peur…

Cette semaine aussi, on saura aussi ce qui regarde vraiment l’Europe. J’ai bien entendu la déclaration du chef de notre République : « La Catalogne est une affaire espagnole, qui ne regarde pas l’Europe… » Langage uniquement destiné à l’opinion publique… puisque quelque heures plus tard il affirme, main dans la main avec sa consœur d’Outre-Rhin, qu’il soutient le gouvernement de Madrid… Il paraît que c’est la peur de la contagion…

En revanche, cette semaine on ne saura pas ce qu’il advient de Sarkozy, Woerth et Guéant empêtrés, englués dans les dollars de défunt Kadhafi. On  sait juste une chose, dont on parle très peu : les juges ont saisi certains biens de Guéant ! Mais c’est sans doute pour lui éviter de payer l’IFI autrement dit le nouvel Impôt sur la Fortune Immobilière…

On ne saura pas non plus où en sont les négociations des TAFTA et autres TISA, traduits en français, l’AGCS, accord sur le commerce des services. A l’inverse de la Catalogne et de la victoire de la droite populiste aux élections en Autriche, en Tchéquie,  le TISA  ne regarde que l’Europe !
Nous serons informés en temps utile, quand les négociations seront terminées et que les parlements n’auront plus qu’à voter pour donner une fois encore l’illusion de la démocratie.
Quant au CETA, l’accord commercial avec le Canada, Macron s’était engagé pendant la campagne présidentielle à aller voir ses partenaires européens pour le « faire modifier […], pour que la vérité scientifique […] puisse être entendue »… aujourd’hui il va signer sans broncher, j’ai entendu dire que la campagne était terminée !

Allez bonne semaine quand même ! Surtout dites à votre maire de ne pas oublier le glyphosate, c’est la semaine des chrysanthèmes, il vaut mieux pour lui que les allées soient propres !

Le Quaireux le 23 octobre 2017

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà…

« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » disait Pascal, ce que nous pourrions traduire dans l’actualité par « vérité à Barcelone, erreur à Madrid ! » ou bien encore : « Vérité à Madrid, erreur à Barcelone ! » Encore une fois nous ne voyons les choses qu’à partir de notre point de vue.  Nous regardons l’Espagne et la Catalogne au travers de nos propres filtres.

C’est en tout cas ce que montrent les commentaires divers et variés qui se répandent dans les médias de France et … de Navarre.

« Vérité à Madrid, erreur à Barcelone » entend-on à Berlin, comme à Bruxelles, comme à Paris. On a pris la précaution oratoire d’un faux-cul diplomatiquement correct en affirmant : la Catalogne n’est pas un problème européen, mais on a aussitôt corrigé en indiquant que si la Catalogne prenait son indépendance , il lui faudrait faire une demande d’adhésion à l’Europe en bonne et due forme, en respectant les délais imposés et l’ordre de passage des autres demandeurs…

Et pourtant qu’y a-t-il derrière tout cela ? Ce qui questionne d’abord, c’est la remise en cause des états-nations. Jusqu’à ce jour les états-nations étaient un espace politique sur lequel s’exerçait la démocratie. Les frontières, la constitution, l’unité d’un peuple dans sa diversité était à la base d’une citoyenneté qui permettait de vivre ensemble, sinon en solidarité. C’était aussi au sein de ces états-nations que s’exerçait l’activité économique, les frontières douanières protégeant d’une concurrence absolue. Les états nations étaient, en Europe du moins, à la fois un espace de démocratie et un espace de développement économique.

Ce qui est sans doute en train de se jouer aujourd’hui, au travers la Catalogne mais aussi l’Ecosse et sans aucun doute quelques autres régions au sein de l’Europe, c’est la dissociation entre ces deux aspects des états nations. D’un côté un volet politique structuré autour des états et de l’autre un volet économique dans lequel la fonction des états est remise en cause par le libéralisme et la concurrence.
Ce n’est pas pour rien que les régions qui souhaitent se séparer de l’état dans lequel elles s’inscrivent sont des régions prospères totalement intégrées au système libéral mondialisé. Ce qui amène à considérer les états comme des obstacles au règne du marché ce qui a toujours été la position des libéraux, mais aussi paradoxalement du courant trotskiste d’une pensée de gauche qui a toujours vu dans les états un instrument d’oppression des peuples.

Ce n’est pas non plus pour rien que ces régions riches souhaitent continuer à être intégrées dans l’Europe essentiellement pour l’ouverture aux marchés.

On peut du reste se demander si la situation actuelle n’est pas tout simplement le prolongement des positions politiques de l’Europe libérale. L’Europe prise en quelque sorte à son propre piège du développement de l’attractivité et de la puissance économique des régions.

Devant cette situation la question qui est posée est de savoir si l’affirmation de nouveaux  espaces économiques régionaux puissants peut remettre en question la référence aux états-nations sur lesquels étaient jusqu’alors basés nos espaces  démocratiques.  « Pourquoi aurait-on encore besoin des états-nations », l’autre face de la question étant : « que signifierait un morcellement des états ? » Et surtout par quoi remplacerait-on une telle organisation politique ?

Aujourd’hui un soi-disant nationalisme catalan s’oppose à un nationalisme espagnol, cette opposition puise bien sûr un certain nombre de raisons dans l’histoire, elle est sans aucun doute l’affirmation d’une identité culturelle et linguistique. Il n’en reste pas moins qu’un nationalisme en chasse un autre…

L’argument républicain de la Catalogne, contre la royauté espagnole, a tendance à flatter nos oreilles républicaines en recherchant une certaine revanche de la guerre d’Espagne, histoire d’effacer notre culpabilité liée à l’attitude de la France d’alors.

L’histoire n’évolue jamais de manière linéaire, elle procède la plupart du temps par des sortes de sauts quantiques qui reconstruisent des équilibres à la suite de crises qui les avaient détruits.  Observons que toutes nos constitutions, c’est-à-dire les textes qui permettent une vie commune, ont été écrites à la suite de graves crises très souvent à l’issue de guerres : la IIIème République est née de la défaite de la guerre de 1870, la IV ème de la victoire sur le nazisme, et la Vème  des conséquences de la guerre d’Algérie, même si à l’époque le mot guerre  était remplacé par celui d’événements. C’est dire que les constitutions sont des textes qui doivent évoluer pour mieux prendre en compte les réalités auxquelles elles sont confrontées. Cette évolution constitutionnelle est-elle encore possible pour développer l’autonomie sans aller jusqu’à la rupture de l’indépendance ?  Ou bien est-il trop tard, le poids économique de la Catalogne étant trop lourd pour accentuer l’autonomie alors que le poids politique du vote des catalans pour la droite espagnole, trop faible, compte finalement peu pour le gouvernement en place à Madrid ?

Le Quaireux le 16 octobre 2017